20/08/2012

A un poète mort

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Toi dont les yeux erraient, altérés de lumière, 
De la couleur divine au contour immortel 
Et de la chair vivante à la splendeur du ciel, 
Dors en paix dans la nuit qui scelle ta paupière.

Voir, entendre, sentir ? Vent, fumée et poussière. 
Aimer ? La coupe d'or ne contient que du fiel. 
Comme un Dieu plein d'ennui qui déserte l'autel, 
Rentre et disperse-toi dans l'immense matière.

Sur ton muet sépulcre et tes os consumés 
Qu'un autre verse ou non les pleurs accoutumés, 
Que ton siècle banal t'oublie ou te renomme ;

Moi, je t'envie, au fond du tombeau calme et noir, 
D'être affranchi de vivre et de ne plus savoir 
La honte de penser et l'horreur d'être un homme !

 

Charles-Marie LECONTE DE LISLE   (1818-1894)

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